Analyses et publications
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Fiscalité des partnerships américains : le Conseil d’État sur l’application de la convention fiscale entre la France et les Etats-Unis

L'arrêt récent du Conseil d’Etat, 28 février 2025, n° 491788 apporte un éclairage précieux sur la qualification fiscale des revenus perçus via des partnerships américains et leur traitement au regard de la convention fiscale franco-américaine. Cet arrêt est intervenu à la suite d'un contentieux opposant une contribuable américaine résidant en France à l'administration fiscale française, laquelle contestait la nature des revenus perçus et le calcul du crédit d'impôt applicable.

L’arrêt récent du Conseil d’Etat, 28 février 2025, n° 491788 apporte un éclairage précieux sur la qualification fiscale des revenus perçus via des partnerships américains et leur traitement au regard de la convention fiscale franco-américaine. Cet arrêt est intervenu à la suite d’un contentieux opposant une contribuable américaine résidant en France à l’administration fiscale française, laquelle contestait la nature des revenus perçus et le calcul du crédit d’impôt applicable.

Faits et enjeux de l’affaire

En 2012, un limited partnership (LP) américain a réalisé une plus-value immobilière de 83 millions de dollars. Une fraction de ce revenu a transité par un general partnership (GP), qui en a reversé une partie (à hauteur de 10,2 millions de dollars) à une associée, citoyenne américaine et résidente fiscale en France.

Dans leur déclaration fiscale, cette dernière et son époux ont qualifié ce revenu de plus-value immobilière et se sont prévalus d’un crédit d’impôt égal à l’impôt sur le revenu français. Or, l’administration fiscale a requalifié le revenu et a limité le crédit d’impôt au montant de l’impôt américain effectivement acquitté.

Un parcours juridictionnel au gré des requalifications

Devant le Tribunal administratif (TA) de Strasbourg, les contribuables ont demandé que leur revenu soit requalifié en revenus de capitaux mobiliers (RCM), ce qui aurait permis d’obtenir un crédit d’impôt intégral. Le TA leur a donné raison, prononçant une décharge des impositions supplémentaires.

Saisi en appel, le Cour administrative d’appel (CAA) de Nancy a validé la décharge fiscale mais en modifiant la qualification des revenus. Elle a jugé qu’il s’agissait de bénéfices industriels et commerciaux (BIC) relevant de l’article 7 de la convention fiscale franco-américaine et, à ce titre, non imposables en France.

Face à cette décision, le ministre de l’Économie et des Finances a formé un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État, contestant la qualification retenue par la CAA et revendiquant l’imposition en France de ces revenus.

Position du Conseil d’État : un rappel des Principes Conventionnels

Suivant les conclusions du rapporteur public, le Conseil d’État rejette le pourvoi du ministre mais apporte des précisions déterminantes sur l’application de la convention fiscale franco-américaine :

  1. Qualification Conventionnelle des Revenus :
    • Le Conseil d’État rappelle que selon la convention fiscale franco-américaine, un associé d’un partnership américain est considéré comme ayant directement réalisé les revenus perçus par celui-ci.
    • Ainsi, une plus-value immobilière réalisée par un partnership américain, même par l’intermédiaire d’un autre partnership, doit être imposée selon l’article 13 de la convention, c’est-à-dire dans l’État de situation de l’immeuble concerné (en l’espèce, les États-Unis).
    • Toutefois, la convention ne fait pas obstacle à l’imposition en France des résidents fiscaux français, la double imposition étant éliminée par l’attribution d’un crédit d’impôt.
  2. Requalification en BIC et Imposition en Droit Interne :
    • Le Conseil d’État estime que la CAA de Nancy a commis une erreur de droit en qualifiant le revenu de BIC au regard de la convention fiscale.
    • Cependant, cette erreur est sans incidence car l’imposition en droit interne était infondée.
    • En effet, le ministre n’a pas contesté la qualification interne retenue par la CAA, qui s’appuyait sur la jurisprudence Artémis (CE, 24 nov. 2014, n° 363556) pour assimiler le limited partnership à une société en commandite simple et le general partnership à une société en nom collectif. Cette analyse a conduit à classer les revenus en BIC, ce que le Conseil d’État entérine en constatant l’absence de contestation du ministre sur ce point.

Conclusion : Une Réaffirmation de la Jurisprudence Artémis

Cet arrêt illustre la complexité des interactions entre droit interne et fiscalité internationale. Le Conseil d’État clarifie le traitement conventionnel des revenus perçus par l’intermédiaire de partnerships américains, mais s’abstient d’infirmer l’analyse interne retenue par la CAA. Cette décision conforte l’application de la jurisprudence Artémis, tout en rappelant que la qualification d’un revenu doit être cohérente à la fois en droit interne et au regard des stipulations conventionnelles.

Pour les contribuables détenant des investissements via des partnerships étrangers, cet arrêt souligne l’importance d’une anticipation rigoureuse des conséquences fiscales en France et aux États-Unis.

 
Sandro ASSOGNA

Assogna · Cabinet d'Avocat
Le profil
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Maître Sandro Assogna

Avocat au Barreau de Paris, je place la transversalité juridique au service d’une seule conviction : protéger les droits et les intérêts de la personne, en éclairant la complexité par la recherche de solutions.

Un parcours

Mon itinéraire professionnel s’est construit pas à pas, entre la France et l’Italie — deux pays qui partagent une même tradition juridique d’origine romaine. La formation initiale, enrichie entre l’Université Bocconi de Milan et la Sorbonne, a posé les bases d’une pratique tournée vers la fiscalité, le patrimoine et la dimension internationale du droit.

Mes premières années d’exercice se sont déroulées au sein de cabinets internationaux en Italie, avant que je rejoigne Deloitte Société d’Avocats à Paris, où j’ai exercé pendant une décennie au sein du département Fiscalité individuelle et mobilité internationale. Cette expérience m’a permis de développer une expertise fiscale française et internationale dédiée au patrimoine et au particulier. En assistant mandataires sociaux et cadres de groupes multinationaux, j’ai également été amené à intervenir sur des problématiques strictement juridiques touchant au mandat social, ainsi que sur des contentieux de droit du travail de cadres et des questions de sécurité sociale, en France comme dans un contexte international.

Fin 2022, j’ai créé mon propre cabinet, conçu à mon image : indépendant, exigeant, profondément attaché à l’accompagnement personnalisé du client.

La transversalité, comme méthode

La singularité d’une situation juridique se révèle rarement dans une seule branche du droit. Le choix de la forme sociale pour l’exercice d’une activité, le développement de l’organisation de l’entreprise, les transactions, la structuration et la transmission du patrimoine ne sont que quelques-uns des événements qui jalonnent une vie et qui méritent d’être anticipés et décryptés sous l’angle du droit fiscal, du droit du patrimoine et de leurs possibles implications sociales.

Cette capacité à analyser une question depuis deux ou trois angles juridiques à la fois m’a accompagné depuis mes premiers dossiers. Elle est aujourd’hui le cœur de ma méthode : décrypter la complexité, identifier les interactions souvent invisibles entre les régimes applicables, et construire des solutions sécurisées dans toutes leurs dimensions.

Une pratique nativement internationale

Bilingue français et italien, courant en anglais, j’interviens régulièrement sur des dossiers transfrontaliers. Mon réseau de confrères partenaires me permet de coordonner en temps réel les implications multi-juridictionnelles de chaque dossier — en Europe, aux États-Unis, au Brésil, au Japon et en Inde notamment.

Cette pratique internationale n’est pas un service additionnel : elle est consubstantielle à ma manière d’exercer, héritée de mes années en cabinet international et nourrie chaque jour par la diversité des situations rencontrées.

Un engagement permanent : formation et réseau

L’exigence du métier d’avocat suppose un effort continu de formation, de veille et d’échange avec ses pairs. J’ai choisi d’inscrire cet engagement dans la durée à travers mon adhésion à plusieurs institutions de référence :

  • IACF — Institut des Avocats Conseils Fiscaux : principale association française qui réunit les avocats spécialisés en droit fiscal et anime la doctrine professionnelle de la matière.
  • AUREP Alumni — réseau des anciens de l’Association Universitaire de Recherche et d’Enseignement sur le Patrimoine : pôle académique de référence en ingénierie patrimoniale, qui réunit universitaires et praticiens autour de la recherche, de la formation continue et de l’analyse des évolutions du droit du patrimoine.
  • IBA — International Bar Association : la principale organisation mondiale d’avocats, qui structure mon réseau international et alimente une veille permanente sur les évolutions du droit transfrontalier.

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